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Retraite · CÉLI et REER · Fiscalité

Le REER vient avec un mode d'emploi de sortie : le plan de décaissement expliqué

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On passe des décennies à apprendre à faire entrer l'argent dans les bons comptes. Puis, un jour, il faut l'en faire sortir. Et là, silence — comme si la retraite consistait simplement à ouvrir le robinet.

Cotise à ton REER, maximise ton CÉLI, automatise, laisse composer. C'est la phase d'accumulation, et tout le contenu de finances personnelles — le mien inclus — en parle abondamment.

Or la sortie a ses propres règles, et elles sont impitoyables pour ceux qui les ignorent. La différence entre un décaissement improvisé et un décaissement planifié se chiffre couramment en dizaines, parfois en centaines de milliers de dollars — pas en rendement, en impôt. Un plan de décaissement, c'est exactement cela : la stratégie qui détermine dans quel ordre, à quel rythme et à quel moment on retire son argent de chaque compte, pour que le fisc en prenne le moins possible sur l'ensemble d'une vie, et au décès.

Le choc qui fait comprendre : la facture du dernier jour

Commençons par le scénario qui circule beaucoup en ce moment, parce qu'il est exact et qu'il réveille.

Vous avez travaillé toute votre vie et bâti un REER de 2 000 000 $. Vous décédez, sans conjoint survivant. Ce que la loi prévoit : la totalité du REER est réputée retirée l'année de votre décès. Les 2 M$ s'ajoutent d'un coup à votre revenu de cette année-là. Au Québec, passé environ 250 000 $ de revenu, le taux marginal combiné tourne autour de 53 % — donc sur ce bloc, c'est potentiellement près d'un million de dollars qui part à l'impôt avant que vos héritiers ne voient un cent.

"Le REER, ce n'est pas de l'impôt évité — c'est de l'impôt reporté. La déduction reçue à l'entrée était une avance du gouvernement; la facture arrive à la sortie."

Toute la question du décaissement est de choisir quand et à quel taux on la paie : en tranches raisonnables pendant des années de faible revenu, ou en un seul bloc au taux maximal, le pire jour possible. Et non, la conclusion n'est pas que le REER ne sert à rien. J'y reviens plus bas, parce que ce raccourci coûte aussi cher que l'ignorance inverse.

Les pièces du casse-tête

Un plan de décaissement orchestre quatre ou cinq sources qui n'obéissent pas aux mêmes règles.

01

Le REER, qui devient un FERR

Au plus tard à la fin de l'année de vos 71 ans, le REER doit être converti en fonds enregistré de revenu de retraite (FERR), qui impose un retrait minimum obligatoire chaque année, un pourcentage qui augmente avec l'âge. Chaque retrait est du revenu imposable. Traduction : à partir de 72 ans, le gouvernement force le robinet ouvert, que vous ayez besoin de l'argent ou non.

02

Le CÉLI

Les retraits sont libres d'impôt, ne comptent pas comme revenu, et — point crucial pour la succession — le CÉLI se transmet sans impôt. C'est le compte le plus précieux à la sortie, exactement l'inverse de sa réputation de petit compte d'épargne.

03

La RRQ

Demandable entre 60 et 72 ans. La demander à 60 la réduit d'environ 36 % de façon permanente; la reporter après 65 la bonifie chaque mois, jusqu'à environ 42 % de plus à 70 ans, à vie et indexée.

04

La pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV)

Fédérale, à partir de 65 ans, reportable jusqu'à 70 pour une bonification. Son piège : la récupération. Au-delà d'un seuil de revenu (dans les environs de 90 000 $, indexé chaque année), chaque dollar de revenu supplémentaire gruge la PSV. Des retraits de FERR mal calibrés peuvent littéralement faire fondre cette pension.

05

Le compte non enregistré

S'il y a lieu, avec ses gains en capital imposés à moitié et ses dividendes à traitement particulier. Si la distinction entre ces trois enveloppes n'est pas encore claire, notre article sur le CÉLI, le REER et le compte non enregistré la reprend depuis le début.

Cinq sources, cinq régimes fiscaux, une seule déclaration de revenus par année. Voilà pourquoi l'ordre des retraits n'est pas un détail. Notre article sur le CÉLI, le REER et le compte non enregistré explique ce que chaque enveloppe fait, à l'entrée comme à la sortie.

Les grandes manœuvres d'un plan de décaissement

Chaque situation est unique — c'est le domaine par excellence où un planificateur gagne ses honoraires — mais les leviers récurrents se comprennent très bien.

1. Vider le REER plus tôt qu'on pense, volontairement. L'intuition dit de ne pas toucher au REER tant qu'on n'en a pas besoin. La fiscalité dit souvent le contraire : entre la retraite et 71 ans, beaucoup de gens traversent des années de revenu faible, la fenêtre dorée pour retirer du REER à 25 ou 35 % d'impôt plutôt que de laisser grossir une masse qui sortira de force, ou en bloc au décès à 53 %. Payer un peu d'impôt maintenant pour en éviter beaucoup plus tard : c'est contre-intuitif, et c'est le cœur du décaissement.

2. Garder le CÉLI pour la fin. Puisqu'il croît et se transmet libre d'impôt, chaque année où le CÉLI reste intact est une année de croissance que le fisc ne touchera jamais. Certains vont plus loin : les retraits REER excédentaires des premières années servent à recotiser le CÉLI. On déplace l'argent du compte à facture vers le compte sans facture.

3. Jouer l'horloge des pensions. Reporter la RRQ, et parfois la PSV, pendant qu'on vit sur le REER combine deux effets : on vide le compte à facture pendant les années creuses, et on bonifie à vie des rentes gouvernementales indexées — la seule rente garantie et indexée que la plupart des gens auront jamais.

4. Surveiller les seuils. Le seuil de récupération de la PSV, les paliers d'imposition, le crédit en raison de l'âge : un plan de décaissement lisse les revenus d'année en année pour rester sous les lignes qui coûtent cher, plutôt que d'alterner grosses années et petites années.

5. Les amortisseurs successoraux. Le roulement au conjoint : au premier décès, le REER ou le FERR passe au conjoint survivant sans impôt immédiat, la facture est reportée au deuxième décès, ce qui la reporte sans l'annuler. Et l'assurance vie peut être calibrée pour couvrir la facture fiscale finale, si transmettre intact est une priorité.

Enfin, la règle la plus simple de toutes : l'argent dépensé de son vivant — voyages, aide aux enfants pendant qu'ils en ont besoin, projets — est imposé une seule fois, au taux qu'on a choisi. C'est l'argument fiscal derrière la philosophie de Die With Zero : sortir son argent selon un plan, c'est aussi se donner la permission de le vivre.

Remettons le REER à sa place

Chaque fois que ce sujet circule, la même conclusion hâtive revient : donc le REER ne sert à rien. C'est faux, et cette erreur coûte aussi cher que l'autre.

Le REER reste, pour la majorité des salariés, un excellent véhicule : la déduction à l'entrée, surtout quand le taux marginal en carrière est élevé; la croissance à l'abri pendant des décennies; et — c'est le point que le raccourci oublie — un décaissement bien planifié sort cet argent à des taux inférieurs à celui de la déduction reçue. Cotiser à 40 % de taux marginal et décaisser à 28 %, c'est un gain net, pas un piège. Le scénario catastrophe des 53 % ne frappe que l'argent qu'on n'a jamais planifié de sortir.

"La vraie leçon n'est pas d'éviter le REER. C'est que le REER vient avec un mode d'emploi de sortie, et que ce mode d'emploi vaut de l'argent."

La planification du décaissement n'est pas réservée aux riches. C'est pour quiconque veut que son argent se rende vraiment à sa vie et à ses proches, plutôt qu'au dernier avis de cotisation.

Le calcul, comme toujours

Version simplifiée et illustrative, pour sentir l'ordre de grandeur. Deux personnes seules arrivent à la retraite avec 500 000 $ dans leur REER, aucune autre grosse source imposable.

  • Sans plan : la première n'y touche presque pas, vit sur ses autres avoirs, et laisse le FERR grossir jusqu'au décès. Le solde, disons encore environ 500 000 $, sort en bloc dans sa dernière déclaration : une grande partie franchit les paliers supérieurs, et l'impôt sur ce bloc peut avoisiner 200 000 $ et plus.
  • Avec plan : la deuxième retire environ 30 000 $ par année dès la retraite, imposés dans des paliers autour de 27 à 32 %, recotise l'excédent au CÉLI, et reporte sa RRQ à 68 ans pour la bonifier. Sur l'ensemble, le même demi-million sort en payant grossièrement 140 000 $ à 150 000 $ d'impôt — et ce qui reste au décès dort dans un CÉLI qui se transmet sans facture.

Écart de l'ordre de 50 000 $ à 80 000 $, sur un patrimoine identique, avec les mêmes rendements. La seule différence : l'ordre et le rythme des retraits. C'est le rendement le plus sûr qui existe — il ne dépend d'aucun marché, seulement du calendrier.

Par où commencer, concrètement

  • Connaître ses chiffres : relevé de la RRQ (le montant projeté selon l'âge de demande), estimation de la PSV, soldes par type de compte. C'est la matière première.
  • Estimer ses dépenses de retraite : notre quiz retraite donne l'ordre de grandeur en huit questions, et la calculatrice précise le reste.
  • Repérer sa fenêtre creuse : les années entre la fin du travail et 71 ans où le revenu sera bas. C'est là que le plan se joue.
  • Consulter, pour vrai, cette fois. Je le dis rarement aussi directement : le décaissement est le domaine où un planificateur financier ou un fiscaliste indépendant, payé à honoraires et non à commission, se rembourse plusieurs fois. Les règles fiscales bougent, les situations familiales varient, et une erreur d'ordre de retrait ne se corrige pas rétroactivement.

L'accumulation vous a demandé de la discipline pendant trente ans. Le décaissement demande autre chose : un plan, une fois, bien fait. C'est la dernière optimisation de la route — et pour beaucoup de gens, la plus payante de toutes.

Contenu informatif uniquement — pas des conseils fiscaux ni financiers. Les taux, seuils et pourcentages cités (taux marginaux, réduction ou bonification de la RRQ, seuil de récupération de la PSV, minimums FERR) sont approximatifs, changent régulièrement et varient selon les situations; vérifiez les valeurs en vigueur auprès de Retraite Québec, de l'Agence du revenu du Canada et de Revenu Québec. Le décaissement est précisément le domaine où consulter un professionnel qualifié en vaut le coût.

La sortie se planifie aussi

Avant l'ordre des retraits, il faut la cible. Notre quiz retraite donne l'ordre de grandeur en huit questions.

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