Si vous suivez des comptes de finances personnelles, vous les avez forcément vus passer : des listes de FNB canadiens affichant des rendements de 7 %, 10 %, même 13 % par année, versés chaque mois. Les chiffres sont réels. Mais pour comprendre si ces fonds ont leur place dans votre portefeuille, il faut d'abord comprendre d'où vient cet argent, parce qu'un rendement de 13 % ne tombe jamais du ciel.
Cet article explique, en langage simple, la mécanique derrière ces fonds, puis passe en revue les cinq FNB les plus souvent cités.
D'abord, comprendre la vente d'options couvertes
Tous ces fonds reposent sur la même stratégie : la vente d'options d'achat couvertes ("covered calls"). Voici l'idée, sans jargon.
Imaginez que vous possédez une maison qui vaut 500 000 $. Un voisin vous offre 5 000 $ aujourd'hui, comptant, en échange d'une promesse : s'il le souhaite, il pourra vous acheter votre maison à 520 000 $ d'ici trois mois. Vous acceptez. Deux scénarios sont possibles.
Si la maison reste autour de 500 000 $, le voisin n'exerce pas son droit — pourquoi paierait-il 520 000 $ pour une maison qui en vaut 500 000? Vous gardez la maison et les 5 000 $. Vous venez de générer du revenu sans rien vendre.
Mais si la maison bondit à 600 000 $, le voisin exerce son droit : vous devez la lui vendre à 520 000 $. Vous gardez les 5 000 $ et un profit de 20 000 $... mais vous avez renoncé aux 80 000 $ de hausse supplémentaire.
C'est exactement ce que font ces FNB, avec des actions plutôt que des maisons : ils détiennent des titres de grandes entreprises, vendent des promesses de ce genre chaque mois, encaissent les primes, et vous les redistribuent. Le revenu mensuel est réel; ce que vous sacrifiez, c'est une partie des hausses du marché. Quand la bourse stagne ou baisse doucement, la stratégie brille. Quand elle monte en flèche, le fonds reste partiellement au sol.
Les cinq fonds du moment, un par un
UMAX — Hamilton Utilities YIELD MAXIMIZER (environ 13 % de rendement annualisé). Malgré son nom, UMAX ne détient pas que des services publics au sens strict : son portefeuille d'une quinzaine de titres canadiens mélange pipelines (Enbridge, TC Energy, Pembina), chemins de fer (CN, CP) et producteurs d'électricité. Ce sont des entreprises stables, peu spectaculaires, à gros dividendes, la matière première idéale pour une stratégie d'options. Son rendement affiché est le plus élevé du groupe, ce qui signifie aussi la couverture d'options la plus agressive : c'est le fonds qui sacrifie le plus de croissance potentielle pour maximiser le versement mensuel.
RMAX — Hamilton REITs YIELD MAXIMIZER (environ 10,6 %). Celui-ci détient des fiducies de placement immobilier (FPI ou "REITs") canadiennes et américaines : centres commerciaux, entrepôts industriels, centres de données, immeubles résidentiels, tours de télécommunications. L'immobilier coté verse déjà des distributions généreuses; la couche d'options vient les amplifier. À savoir : les FPI sont sensibles aux taux d'intérêt — quand les taux montent, le secteur souffre, options couvertes ou pas.
EMAX — Hamilton Energy YIELD MAXIMIZER (environ 10,5 %). Le même principe appliqué aux grandes sociétés énergétiques nord-américaines, majoritairement américaines. L'énergie est un secteur cyclique et volatil — et paradoxalement, c'est bon pour cette stratégie : plus un secteur est volatil, plus les primes d'options sont élevées. Le revers : quand le pétrole plonge, la valeur du fonds plonge avec lui, et les primes encaissées n'amortissent qu'une fraction de la chute.
QMAX — Hamilton Technology YIELD MAXIMIZER (environ 10,1 %). Ici, la stratégie est appliquée aux géants technologiques américains. C'est le cas le plus paradoxal du groupe : on prend le secteur dont tout l'intérêt historique est la croissance explosive... et on vend justement cette croissance contre un revenu mensuel. Détenir QMAX plutôt qu'un FNB technologique classique, c'est accepter de rater une partie des grandes années du secteur en échange de versements réguliers. Pour un investisseur jeune, c'est généralement le pire échange des cinq.
ZPAY — BMO Fonds de revenu à prime (environ 7,3 %). Le seul du groupe qui n'est pas de la famille Hamilton, et le plus conservateur. ZPAY utilise une combinaison d'options (ventes d'options d'achat, mais aussi d'options de vente) sur de grandes sociétés américaines de qualité, avec une portion en liquidités. Son rendement est plus modeste, mais sa valeur fluctue moins. C'est le compromis prudent de la liste.
Ce que le rendement affiché ne dit pas
Trois vérités s'appliquent à tous ces fonds, et elles doivent précéder toute décision.
Le rendement affiché n'est pas le rendement total. Un fonds peut verser 13 % pendant que sa valeur unitaire s'effrite de 5 % — votre vrai rendement est la somme des deux. Comparez toujours le rendement total (valeur + distributions) à celui d'un fonds indiciel simple sur la même période. Sur les longues périodes de marché haussier, l'indice gagne presque toujours.
Une partie des distributions peut être un retour de capital. Autrement dit, une fraction du montant mensuel que vous recevez est parfois simplement votre propre argent qu'on vous rend. Ce n'est pas malhonnête — c'est même fiscalement avantageux dans un compte non enregistré — mais il faut le savoir : recevoir son propre capital n'est pas un rendement.
Les frais sont plus élevés qu'un fonds indiciel. Gérer activement des options coûte cher : attendez-vous à des ratios de frais plusieurs fois supérieurs à ceux d'un FNB indiciel de base. Sur vingt ans, cet écart compose contre vous. Pour bien saisir cet effet, voyez notre article sur les frais de placement.
Alors, pour qui ces fonds existent-ils?
Ils ont une clientèle légitime : les investisseurs en phase de décaissement — retraités ou semi-retraités qui vivent de leur portefeuille et préfèrent un revenu mensuel prévisible à la croissance maximale. Pour eux, échanger de la hausse future contre du revenu présent est un compromis rationnel.
Si vous êtes en phase d'accumulation — vous travaillez, vous investissez chaque mois, votre horizon dépasse dix ans — ces fonds répondent à un besoin que vous n'avez pas. Chaque dollar de distribution est un dollar retiré de la machine à composer, et chaque option vendue est un morceau de votre croissance future cédé à quelqu'un d'autre. Votre outil, c'est le fonds indiciel de croissance, ennuyeux et silencieux, qui ne vous verse rien et vous enrichit quand même. C'est le fond du débat que nous traitons dans dividendes ou croissance pure, et il rejoint la question du nombre d'ETF à détenir.
La question à vous poser devant chaque vidéo de ce genre n'est donc pas "quel fonds verse le plus?", mais "suis-je en train de bâtir mon patrimoine, ou d'en vivre?". La réponse choisit le fonds pour vous.
Cet article est fourni à titre informatif seulement et ne constitue pas un conseil financier personnalisé. Les rendements mentionnés sont ceux affichés par les émetteurs à la date de rédaction et fluctuent constamment. Consultez un professionnel autorisé avant de prendre des décisions de placement.