La plupart des explications sur la bourse ont un défaut : elles commencent au milieu de l'histoire. On vous parle du S&P 500 avant de vous avoir dit ce qu'est un indice. On vous recommande des ETF avant d'avoir expliqué ce qu'ils contiennent.
Résultat : beaucoup de gens investissent, parfois depuis des années, sans vraiment comprendre ce qu'ils possèdent. J'en sais quelque chose. Pendant un bon moment, je hochais la tête quand on me parlait des indices, alors que je n'aurais pas su expliquer clairement la différence entre une action, un indice et un ETF.
Cet article reprend donc l'histoire du tout début, sans présumer d'aucune connaissance préalable. À la fin, vous saurez non seulement ce qu'est un indice boursier, mais surtout comment utiliser cette information pour choisir un placement de façon éclairée.
Étape 1 : au commencement, il y avait les actions
Une action, c'est une part de propriété d'une entreprise. Acheter une action d'Apple, c'est devenir propriétaire d'une infime portion d'Apple. Si l'entreprise prend de la valeur, votre part aussi. Si elle décline, votre part également.
Pendant longtemps, investir signifiait exactement cela : choisir des entreprises une par une. Avec 1 000 $, il fallait décider — Apple, Coca-Cola ou Bell Canada? La limite de cette approche est évidente : on parie sur une seule entreprise. Un mauvais choix peut coûter très cher, et même les gestionnaires professionnels se trompent régulièrement dans cet exercice.
Étape 2 : quelqu'un invente une liste
Les investisseurs se sont un jour posé une question simple : comment savoir si le marché américain va bien dans son ensemble, sans examiner des centaines d'entreprises une par une? La réponse a été de créer une liste. C'est exactement ce qu'est un indice boursier : une liste d'entreprises, accompagnée d'un calcul qui suit leur valeur combinée jour après jour.
Le S&P 500, par exemple, est la liste des 500 plus grandes entreprises américaines. Quand on entend que le S&P 500 a gagné 1 % aujourd'hui, cela signifie que, dans l'ensemble, ces 500 entreprises valent 1 % de plus que la veille.
"Un indice est une liste avec un calcul. On ne peut pas l'acheter. C'est un thermomètre, pas un placement. Le thermomètre indique la température; il ne réchauffe pas la pièce."
Étape 3 : le problème, puis l'invention qui a tout changé
Naturellement, les investisseurs ont voulu posséder les entreprises de la liste. Mais acheter 500 actions différentes, une par une, est pratiquement impossible pour un particulier : il faudrait un capital considérable et un temps de gestion énorme.
C'est ici que des sociétés d'investissement comme Vanguard et BlackRock ont eu l'idée qui a démocratisé la bourse : acheter les 500 entreprises elles-mêmes, regrouper le tout dans un grand fonds, puis découper ce fonds en millions de petites parts accessibles à tous. Ces parts, ce sont les ETF (ou FNB en français : fonds négociés en bourse).
Le fil conducteur complet se résume ainsi :
- Les actions existent (Apple, Microsoft, etc.)
- Quelqu'un crée une liste de ces actions et en suit la valeur : c'est l'indice
- Une société achète réellement toutes les actions de la liste et les regroupe dans un fonds
- Ce fonds est découpé en parts qu'on peut acheter dans son compte de courtage : c'est l'ETF
Quand quelqu'un affirme avoir acheté le S&P 500, c'est un raccourci de langage. Ce qu'il a réellement acheté, c'est une part d'un ETF qui détient les 500 entreprises de la liste.
L'ETF fonctionne comme un photocopieur. L'indice indique qu'Apple représente 7 % de la liste, et l'ETF reproduit cette proportion. L'indice retire une entreprise? L'ETF la retire aussi. L'investisseur n'a rien à gérer : la copie se fait automatiquement.
Une précision importante : il ne s'agit pas d'intérêts
Avant d'aller plus loin, une clarification de vocabulaire qui évite bien des confusions. Un ETF ne verse pas un taux d'intérêt comme un compte d'épargne. L'argent se gagne de deux façons :
- La croissance : la valeur des parts augmente quand les entreprises de la liste prennent de la valeur. Ce gain ne se matérialise qu'à la vente.
- Les dividendes : certaines entreprises redistribuent une partie de leurs profits à leurs actionnaires, et l'ETF transfère ces montants aux détenteurs de parts, généralement chaque mois ou chaque trimestre.
Certains indices regroupent surtout des entreprises de croissance, qui réinvestissent leurs profits; d'autres, surtout des entreprises à dividendes, qui les redistribuent. Cette distinction devient déterminante au moment de choisir, et c'est tout le propos de notre article sur les dividendes et la croissance pure. On parle donc de rendement, jamais d'intérêt garanti : certaines années sont positives, d'autres négatives.
Les dix grands indices à connaître
Il existe des dizaines de milliers d'indices dans le monde. En pratique, une dizaine suffit à comprendre l'essentiel, et trois ou quatre suffisent à bâtir un portefeuille complet.
Les rendements indiqués ci-dessous sont des moyennes annualisées historiques approximatives, sur de longues périodes, dividendes réinvestis, avant frais et inflation. Ils varient selon la période mesurée et ne garantissent absolument rien pour l'avenir.
| Indice | Ce qu'il regroupe | Profil dominant | Rendement annuel moyen historique | ETF connus qui le suivent |
|---|---|---|---|---|
| S&P 500 | Les 500 plus grandes entreprises américaines | Croissance, avec une part de dividendes | environ 10 % | VOO, IVV, SPY, XUS.TO, VFV.TO |
| Nasdaq-100 | Les 100 plus grandes entreprises non financières du Nasdaq, très concentré en technologie | Croissance forte, volatilité forte | environ 13 %, avec des baisses parfois brutales | QQQ, QQC.F |
| Dow Jones | 30 grandes entreprises américaines établies | Équilibré, entreprises matures | environ 8 à 10 % | DIA |
| Russell 2000 | 2 000 petites entreprises américaines | Croissance plus risquée | environ 8 à 9 % | IWM |
| S&P/TSX Composite | Les principales entreprises canadiennes : banques, énergie, télécoms | Dividendes généreux, croissance modérée | environ 7 à 8 % | XIC.TO, VCN.TO |
| S&P/TSX 60 | Les 60 plus grandes entreprises canadiennes | Dividendes, stabilité | environ 7 à 8 % | XIU.TO |
| MSCI World | Environ 1 500 grandes entreprises des pays développés | Équilibré, très diversifié | environ 8 à 9 % | XWD.TO |
| FTSE All-World | Des milliers d'entreprises du monde entier, pays émergents inclus | Équilibré, diversification maximale | environ 8 % | VT, et la logique derrière XEQT et VEQT |
| STOXX Europe 600 | 600 grandes entreprises européennes | Dividendes, croissance modérée | environ 6 à 7 % | Divers ETF européens |
| Nikkei 225 | 225 grandes entreprises japonaises | Très variable selon la période | Historiquement irrégulier : décennies difficiles de 1990 à 2010, forte reprise depuis | EWJ |
Le marché canadien est un marché de dividendes. Nos indices sont dominés par les banques, les pipelines et les télécommunications, des entreprises matures qui redistribuent leurs profits. C'est ce qui explique l'abondance d'ETF canadiens de dividendes.
Le Nasdaq-100 est la locomotive de croissance. Peu de dividendes, mais historiquement la plus forte progression sur de longues périodes, au prix de corrections parfois sévères en cours de route. En 2022, par exemple, il a reculé d'environ 33 % avant de se redresser. C'est le rendement le plus élevé du tableau, mais aussi le trajet le plus mouvementé.
Le Nikkei illustre l'autre leçon, moins souvent racontée : un grand indice peut stagner pendant des décennies. La diversification géographique n'est pas un détail théorique.
Comment faire un choix éclairé
C'est ici que l'information devient une décision. Le raisonnement se fait toujours dans cet ordre, et jamais dans l'autre : d'abord l'objectif, ensuite l'indice, ensuite seulement l'ETF.
Beaucoup de gens font l'inverse : ils entendent parler d'un ETF sur les réseaux sociaux et l'achètent sans savoir quelle liste il reproduit. C'est acheter une maison sans connaître le quartier.
Étape A — L'objectif détermine le profil
- Horizon de 15 à 20 ans ou plus, objectif de croissance : les indices de croissance (S&P 500, Nasdaq-100) ont historiquement offert les meilleurs rendements à long terme, en échange d'une volatilité qu'il faut être capable de tolérer sans vendre en panique.
- Besoin d'un revenu régulier ou retraite qui approche : les indices à dividendes (TSX 60, ETF de dividendes canadiens) versent des montants réguliers sans qu'on ait à vendre ses parts.
- Recherche de simplicité et de diversification maximale : les indices mondiaux (MSCI World, FTSE All-World) répartissent le capital sur des milliers d'entreprises et des dizaines de pays en un seul placement.
Étape B — Trouver les ETF qui suivent l'indice choisi
Supposons que le choix se porte sur le S&P 500. Plusieurs sociétés offrent un ETF qui le reproduit : VOO, IVV, SPY, XUS.TO, VFV.TO. Tous détiennent essentiellement les mêmes 500 entreprises. Comment les départager?
Étape C — Les cinq critères qui départagent des ETF équivalents
Les frais de gestion (MER)
C'est le pourcentage prélevé chaque année par l'émetteur. À indice égal, c'est le critère le plus important, parce que c'est le seul coût garanti et récurrent. Entre 0,10 % et 0,60 %, la différence paraît négligeable — le calcul en fin d'article montre qu'elle ne l'est pas.
La devise et la conversion
Un ETF coté en dollars canadiens (VFV.TO, XUS.TO, QQC.F) évite les frais de conversion CAD-USD à chaque transaction. Un ETF coté en USD (VOO) affiche souvent un MER légèrement inférieur, mais la conversion gruge une partie de cet avantage, surtout pour de petits montants réguliers. Pour des achats mensuels automatiques dans un CÉLI, la version canadienne est généralement plus pratique.
La couverture de devise
Certains ETF canadiens neutralisent les fluctuations du dollar américain, d'autres non. La couverture ajoute des frais et, sur un horizon de 15 à 20 ans, les fluctuations de devise tendent à s'équilibrer. Personnellement, sur un long horizon, je considère que l'avantage de frais d'une version non couverte compense l'exposition au risque de change.
Le traitement des dividendes
Certains ETF versent les dividendes en argent, d'autres offrent le réinvestissement automatique. En phase d'accumulation, le réinvestissement automatique maximise l'effet des intérêts composés sans effort ni oubli.
La taille et l'ancienneté du fonds
Un ETF établi, avec un actif sous gestion important, se négocie avec des écarts de prix minimes et présente peu de risque d'être fermé par son émetteur. Entre un fonds de 10 milliards et un fonds de 50 millions lancé l'an dernier, le premier offre une tranquillité supplémentaire.
Un mot sur l'émetteur lui-même : Vanguard, BlackRock (iShares), BMO ou Invesco sont tous des acteurs solides et réglementés. À frais et structure équivalents, l'émetteur est rarement le facteur décisif — ce sont les cinq critères ci-dessus qui font la différence réelle.
Toutes ces informations sont publiques et gratuites : la page officielle de chaque ETF présente l'indice suivi, la liste complète des titres détenus, le MER, la politique de distribution et l'historique de rendement. Quinze minutes de lecture suffisent pour comparer deux fonds sérieusement — moins de temps qu'on en passe à comparer deux forfaits cellulaires. Notre radar ETF permet d'ailleurs de faire une bonne partie de cette comparaison directement.
Le calcul qui rend tout cela concret
Deux investisseurs placent chacun 10 000 $, puis ajoutent 3 000 $ par année, dans un ETF qui suit le même indice, avec le même rendement brut de 7 % par année. Une seule différence : les frais.
- Investisseur A : MER de 0,10 %, soit un rendement net d'environ 6,9 %
- Investisseur B : MER de 0,60 %, soit un rendement net d'environ 6,4 %
Après 25 ans, A termine avec environ 250 000 $, et B avec environ 231 000 $.
"Dix-neuf mille dollars de différence. Pour le même indice, les mêmes entreprises, le même risque. La seule variable était une demi-décimale de frais que la plupart des gens ne regardent jamais."
C'est précisément pourquoi l'ordre du raisonnement compte : l'indice détermine ce qu'on possède, mais le choix de l'ETF détermine ce qu'on garde. C'est aussi tout le sujet de notre article sur les frais de placement.
En résumé
Une action, c'est une entreprise. Un indice, c'est une liste d'entreprises accompagnée d'un thermomètre. Un ETF, c'est un panier réel, rempli en copiant la liste, découpé en parts qu'on peut acheter dans un CÉLI ou un REER en quelques minutes.
Le travail de l'investisseur se résume à trois décisions : quel profil correspond à son objectif et son horizon, quel indice incarne ce profil, et quel ETF reproduit cet indice au meilleur coût. Tout le reste — sélectionner les entreprises, ajuster les proportions, remplacer celles qui quittent la liste — se fait automatiquement. Reste une question pratique : combien d'ETF faut-il réellement avoir?
Il m'a fallu du temps avant que l'ensemble devienne clair. Si cet article vous a épargné ce détour, il aura fait son travail.
Et si l'étape suivante est d'ouvrir un compte pour passer à l'acte : le guide pas-à-pas est ici.
Contenu informatif uniquement — pas des conseils financiers officiels. Je ne suis pas planificatrice financière. Les rendements historiques mentionnés sont des approximations à long terme et ne garantissent pas les rendements futurs. Consultez un professionnel pour votre situation spécifique.